22/01/2007

La ballade des ours

Si je me ballade avec un seau d’eau de pluie en me tortillant dans tous les sens, ne pensez pas que je suis vingt-cinq dans ma tête, c’est juste que je dois aller pisser, je « D systèmise » parce que le chantier n’est pas raccordé en eau.

Si je marche tel un ours qui vient de sortir d’hibernation, ne pensez pas que j’ai viré ma cuti, c’est juste qu’avec des chaussures de chantier, même le pas gracieux d’Anastasia laisserait des marques dans le béton.

Si on me voit à un kilomètre, ne pensez pas que j’ai décidé d’échanger la classe sobriété du noir contre l’éclat vif du jaune fluorescent, c’est uniquement parce qu’être visible sur chantier est une obligation.

Si vous me voyez errer le long des bornes autoroutières ne pensez pas que je tente de me suicider, c’est seulement mon patron qui veut ma mort, enfin je crois.

Si vous me croisez dans le restaurant d’une sombre station autoroutière de la région de Namur déjeunant toute seule, ne pensez pas que je n’ai pas d’ami, je suis juste la seule pauvre âme de ce chantier qui n’a pas de gentille petite femme qui me prépare au matin, mon somptueux repas de midi.

Et surtout ne vous retournez plus dès que vous entendez ma voix, non je ne suis pas un ouvrier castrat mais bien une femme, certes cachée sous l’uniforme disgracieux et jaune fluo qui comprends, le casque, la veste et les chaussures de chantier

18:03 Écrit par Lola dans Pathétismes | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |